Idées
On coderait encore en QBasic
Chaque outil devait signer la fin du développement, de PowerBuilder au no-code. Chacun n’a emporté qu’une tâche: l’IA fera de même, si l’on pose les bases
J’ai commencé avec QBasic. Depuis, chaque nouvel outil a été annoncé comme la fin du développement: Microsoft Publisher, PowerBuilder, puis le low-code et le no-code devaient tour à tour rendre le développeur inutile. Aucun n’y est parvenu. Chacun a emporté une tâche, jamais le métier: on compilait nous-mêmes, l’outillage s’en charge aujourd’hui sans qu’on y pense; on montait chaque serveur à la main, l’infrastructure s’écrit désormais en code et se lit comme du code. Ce qui était le travail est devenu un détail, et le travail est monté d’un cran. Si la technologie n’avait pas évolué, on coderait encore en QBasic. Personne ne le regrette.
Ce qu’on regrette n’est jamais l’outil, c’est la maîtrise qu’on en avait
Alors l’IA générative ne m’inquiète pas: elle me rassure, à deux conditions. Poser les bases d’abord: un domaine nommé, des invariants explicites, des tests qui disent ce que le système refuse, une relecture qui ne tamponne pas. Accompagner le changement ensuite: des équipes formées à demander, à relire et à refuser, pas laissées seules avec un outil qui dit oui à tout. Sans ces deux-là, on obtient très vite des applications qui tournent, et que personne ne maîtrise.
La question qui compte n’est donc pas de savoir si l’IA va remplacer quelqu’un. C’est comment canaliser sa puissance pour produire de la valeur, plutôt que toujours plus de code qui fonctionne sans que personne sache pourquoi. QBasic ne m’a pas appris à taper; il m’a appris à vouloir comprendre ce que la machine faisait de mes lignes. C’est la seule chose que j’ai gardée d’un outil à l’autre.
L’IA n’inquiète pas, elle rassure: à condition de savoir ce qu’on lui demande