Idées

Si l’IA remplace les développeurs, qui décidera de ce qu’elle construit?

«L’IA va remplacer tout le monde», ou «les développeurs». Remplacer un métier parce qu’on peut générer son outil, c’est confondre les deux

J’entends et je lis régulièrement que «l’IA va remplacer tout le monde». Et, dans une version un peu plus ciblée, que «l’IA va remplacer les développeurs».

Pour la première affirmation, je ne sais pas par où commencer. Remplacer les plombiers, les infirmiers, les enseignants, les pompiers, les mécaniciens, les artisans: à ce stade, ce n’est plus de la prospective, c’est de l’hallucination.

Pour les développeurs, je trouve cela presque drôle. Parce que si l’IA remplace les développeurs, qui va décider de ce qu’elle doit construire? Le client? Dans ce cas, chaque commercial développera son propre Salesforce, chaque RH son propre SIRH, chaque financier son propre ERP, et chaque service réinventera seul les outils dont il dépend.

Surtout, on oublie l’essentiel: le métier de développeur ne consiste pas à taper du code. Le code n’est qu’une partie du travail. Comprendre un besoin flou. Identifier les contraintes. Faire des choix d’architecture. Mesurer les risques. Arbitrer entre plusieurs solutions. Comprendre les conséquences d’une décision technique. Questionner une demande qui n’a pas de sens. Assumer un résultat.

Une IA peut proposer des options. Elle peut générer du code. Elle peut accélérer énormément certaines tâches. Mais proposer des choix n’est pas prendre une décision, et un modèle probabiliste, aussi puissant soit-il, ne devient pas magiquement responsable de la pertinence de ce qu’il produit.

Alors oui, l’IA transforme profondément le métier de développeur, et certaines tâches sont déjà totalement automatisées.

Mais remplacer le développeur parce qu’on peut désormais générer du code, c’est confondre le métier avec son outil

Entre le délire et l’humour, je commence d’ailleurs à me demander si ceux qui risquent le plus d’être remplacés ne sont pas ceux qui passent leur temps à raconter des bêtises sur ce que l’IA va remplacer, alors qu’ils comptent parfois parmi ceux qui influencent les décisions.

Parce que la vraie question n’est pas «l’IA peut-elle écrire le code?». Elle le peut, c’est certain.

La vraie question est: «saurez-vous reconnaître quand le code qu’elle a généré est faux?»